Ady Gasy, documentaire franco-malgache de Lova Nantenaina (2014 - 1h25).

Une partie du peuple malgache qui ne se laisse pas abattre, malgré son extrême pauvreté. Les puissants lui ont tout pris, qu'importe, son inventivité est sans fin, sa fierté sauvée, et plutôt que de mendier, les familles (du gamin de trois ans à la grand-mère très âgée) se réunissent autour d'un savoir-faire et proposent des objets issus de la récupération. Il y a la famille métallurgiste, de petite métallurgie bien entendu, qui fabrique des brouettes, découpe le métal, soude des seaux et toute sorte d'ustensiles nécessaires à chacun. Il y a la famille cordonnier qui fabrique des chaussures sandales en caoutchouc à l'aide de pneus dépecés habilement, avec des gestes précis, surs, définitifs. C'est un tour de main, un petit exploit, une force, une vrai connaissance de la matière. Des centaines de sandales sont ainsi fabriquées et vendues. Plus loin, on voit une fumée qui s'élève des toits : une fabrique de savon noir. Récupération des os dans les décharges, brûlage des broussailles pour prendre leurs cendres, extrait du gras des os, puis cuisson du gras et des cendres pour obtenir du savon vendu sous forme de boules grises. Les femmes lavent les vêtements et ça mousse. Le feu est alimenté par des matières plastiques en guise de combustible : les odeurs et les fumées doivent être terribles. C'est l'envers de la médaille, on s'en doute. La seule distraction leur est donnée par une petite troupe de musiciens qui fabriquent eux-mêmes leurs instruments, deux d'entre eux dansent, une femme essaie d'apprendre son texte qui rassemble des proverbes malgaches dont elle dit elle-même que personne ne sait plus. Une conscience de leur mémoire.

Un film stimulant et sympathique.