The look of silence, documentaire de Joshua REA Oppenheimer, Danemark, 2015, 1h43.

Dans le nord de Sumatra, en Indonésie, de nos jours. Comment les habitants survivants aux massacres de 1965 vivent-ils au quotidien à côté des tueurs ?  Le film ouvre sur un vieil homme dont on mesure  le degré de vision, telle la photo de l'affiche. Cet homme a pourtant des choses à dire. L'ophtalmo itinérant lui pose quelques questions sur  l'année d'extermination des "communistes" par le régime de Suharto qui renversa le gouvernement indonésien de Soekarno en 1965.Il y eut plus d'un million de morts. Le vieil homme faisait partie des tueurs et jouit d'une impunité totale, ne regrettant rien de son passé. Il explique qu'il servait l'Etat mais précise que si le passé est un problème, alors les massacres recommenceront. Pour ne pas devenir fous de tuer autant de gens en un seul jour, ils buvaient leur sang pour se donner la force. Parmi les personnes que le réalisateur rencontre, deux anciens dirigeants des escadrons de la mort (d'anciens gangsters ou paramilitaires se prenant pour des héros)le conduisent près d'une rivière où ils tuèrent plus de dix mille personnes opposées au nouveau régime et dites communistes. Ils en ont même fait un recueil de textes et de dessins pour expliquer comment ils s'y prenaient pour tuer et receuillaient leur sang pour le boire, sinon, ils auraient pu devenir fous, comme certains qui grimpaient dans les arbres. L'ophtalmo essaie de savoir ce qui était arrivé à son frère, Ramli dont le massacre est dans les mémoires : il fut éventré publiquement mais réussit à s'enfuir chez sa mère où il fut récupéré, coupé en morceaux et jeté dans la rivière. Les tueurs d'hier sont encore les gouvernants d'aujourd'hui qui se vantent d'être réélus. Chef de district, commandant des district d'extermination, aucun n'a de regret. Leurs enfants ne savaient, ne veulent pas savoir. Sauf les femmes qui se sentent mal à l'évocation des méfaits. Au sujet du meurtre de Ramli, Adi demande si les gens étaient tués deux fois. Non, lui répond-on. Et pourtant ! De même qu'une femme fut égorgée, on lui coupa les seins ("c'est mou et troué comme un fruit"). Les types refont les gestes violents en riant à gorge déployée. Certains tueurs ne veulent plus en parler, même si on les connaissait et les craignait à cause de cela. Ce film montre la lâcheté, la veulerie, la bêtise de ceux qui ont eu tous les droits et en ont toujours autant. Cela fait penser aux différents massacres dans le monde et au sort qui est réservé aux survivants.